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À propos de la Haine


Dans ce post, je voudrais vous faire part de ce que je traverse en ce moment. Peut-être que ces quelques mots pourront contribuer d’une manière ou d’une autre à ce que vous pouvez vivre avec la résurgence de la guerre au Moyen-Orient, en tous les cas je l’espère.


Une partie de ma famille se trouve à nouveau plongée dans un cauchemar, au milieu des bombes, des attaques et des violences du conflit Israélo-Palestinien. Cette famille est déjà complexe en elle-même, car elle se compose de personnes de différents bords politiques et de religions différentes. Imaginez la complexité de ce conflit si vous extrapolez ces différents points de vue au niveau planétaire avec tous les enjeux géostratégiques, religieux, financiers et toutes les logiques de territoires…

Mais il y a un point commun à tous, la souffrance, la déchirure intérieure et une revendication commune : le droit d’exister. Tous vivent la colère, le sentiment d’injustice et surtout la PEUR. La peur au ventre de perdre ses enfants, de perdre la vie. Une peur viscérale qui s’est immiscée dans les corps depuis si longtemps. Une peur qui s’est enfouie dans des couches et des couches d’histoires, de traumas répétés, de violences vécues et revécues au cours des siècles. À chaque évènement la peur se réactive avec plus de force et d’amertume, comme un vieux démon qui ressurgit du néant.

Cette peur est tellement compréhensible. Lorsque notre vie est mise en danger, la peur peut être si intense que le seul moyen de ne pas trouver son salut dans la folie, est de se laisser happer par la haine. Et la haine a sa raison d’être. Elle a le pouvoir de maintenir une forme de cohésion intérieure. Elle évite à notre âme de voler en éclat, de se diffracter sous l’intensité de l’effroi. Elle donne de la force, elle fait se sentir puissant et surtout VIVANT. C’est un ultime moyen de défense face à une peur si profonde qu’elle semble capable de vous faire perdre la raison.

Mais la haine a un prix, un prix élevé : elle se nourrit de jugements, elle émet des avis, elle s’abreuve d’idéologie. Au nom du bien évidement. Toujours au nom du bien. Elle cherche la sécurité et le besoin d’être rassuré, par tous les moyens possibles, quitte à tuer.

Alors moi qui suis privilégiée là, assise sur mon canapé, moi qui vit dans un pays relativement en paix, avant d’émettre un quelconque avis sur ce qui se passe, j’ai décidé de prendre le temps d’écouter. Écouter profondément, pleinement avec toute ma sensibilité. Sans fuir. J’ai décidé de regarder la haine en face. J’ai décidé de me mettre à l’écoute de ce que vivent les membres de ma famille sur place, mais aussi ici. Écouter ce qui se passe en moi et comment résonnent les informations dont on nous abreuve. Et puis ensuite, simplement me taire. Fermer ma bouche. Me taire avant d’émettre un quelconque jugement, avis ou conseil.

Rencontrer la haine. Voilà ma contribution. Sentir, questionner, explorer la peur, la terreur, la haine au fond de mes propres cellules, de mes propres tripes. Pas celle des autres. La mienne.

La paix dans le monde est un doux rêve. On milite, on prie pour la paix. Cela part d’un bon sentiment. Mais tant que nous ne serons pas capables d’affronter nos propres démons intérieurs, nos incessants jugements, tant que nous ne serons pas suffisamment conscients pour reconnaître et aimer nos propres ombres, tant que nous ne serons pas capables de faire la paix en nous puis ensuite, dans nos couples, dans nos familles, au travail, avec nos voisins, comment pouvons-nous espérer ne pas projeter le chaos et la guerre dans le monde ?



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